Yi — souvent traduit par « changement », mais qu'il vaut mieux comprendre comme la naissance incessante de la vie à partir de la vie.
易,無思也,無為也,寂然不動,感而遂通天下之故。非天下之至神,其孰能與此。
« Le Yi est sans pensée et sans action ; silencieux et immobile, mais lorsqu’il est stimulé, il pénètre toutes les circonstances sous le ciel. S’il n’était pas le plus spirituel sous le ciel, comment pourrions-nous y prendre part ? »
— Xici (Grand commentaire sur le Yijing), trad. Joseph A. Adler (2020) → À propos de ce passageJe me suis entraîné pendant plus de quarante ans. Formes, répétition, correction. Le corps qui apprend des compétences. Des séminaires avec des professeurs exceptionnels. Des années passées à affiner la technique.
Puis quelque chose a changé. Pas une meilleure technique. Une base différente.
En 1992, lors de ma formation auprès de Tomita Seiji Shihan — descendant en ligne directe d’O Sensei via Tanaka Bansen —, un principe est devenu la pierre angulaire : daruma (達磨). Tout en conservant votre propre équilibre naturel, vous amenez votre partenaire à perdre le sien — un flux ininterrompu. Tout découle de là.
« Videz votre réceptacle », dit-il. Il m’a fallu des années pour oublier avant de pouvoir véritablement recevoir ses enseignements. Les vieilles habitudes sont profondément ancrées.
Ce qui reste, c’est l’écoute.
Tomita Seiji Shihan enseigne à Suishin Dojo, Lembeke — 2013
Trois approches
En aïkido, la pratique commence par un travail mental — comment bouger, où se placer, comment réagir. Au fil des années de répétition, cela se transforme en savoir direct. Lorsque la pensée domine, le corps est tendu, sur la défensive. Lorsque l’écoute s’effectue à partir de tout l’être, le corps s’assouplit. Il n’y a plus que le contact. Le Daruma n’est pas une technique à appliquer, mais une certaine qualité d’être.
Le sabre rend cela visible d’une autre manière. En iaijutsu, il n’y a pas de partenaire, pas de correction venant de l’extérieur. On attend le bon moment et on agit sans hésitation — sans doute, sans précipitation. Avant de dégainer le sabre, on est immédiatement conscient de chaque changement dans l’environnement. IAI signifie être en connexion. Cette connexion est au cœur de tout. Je pratique le Musō Jikiden Eishin Ryū sous la direction de Benoît de Spoelberch (Getsurinkai 月輪会) dans son dojo Rŏgetsudō à Bruxelles.
En 2012, une rencontre avec Mukesh Gupta m'a ouvert une troisième perspective sur ce même sujet. Nous écoutons presque toujours à partir de notre passé — à partir de conclusions, de souvenirs, de l’image que nous avons de nous-mêmes et des autres. Mais il existe une autre qualité d’écoute, celle qui voit directement ce qui est, sans le filtre des attentes ou des peurs. Dans cette écoute naît le calme. Non par l’effort. Par la vision.
« L'écoute profonde est la porte vers cet espace inconditionnel de l'être… Cette écoute profonde signifie être pleinement présent sans aucune résistance. »
— Mukesh Gupta schoolforselfinquiry.org
Ce que Tomita révèle à travers le corps sur le tatami, ce que le sabre rend indéniablement clair dans la pratique en solo, ce que Mukesh éclaire par l’exploration méditative — en substance, tout tourne autour de la même chose. Ce silence lui-même est l’écoute.
→ Au-delà de la forme : à propos du takemusu aiki
Des noms différents, une seule base
Aïkido, iaijutsu, taijiquan, zazen, recherche krishnamurtienne — le vocabulaire diffère, mais chaque tradition renvoie à la même qualité d’attention :
| Aïkido | Fudōshin (不動心) — « esprit immobile » ; la réponse surgit spontanément du silence. |
| Iaijutsu | Isshin (一心) — « un seul esprit » ; l'unité du sabre et du corps (kikentai'ichi). |
| Krishnamurti | Conscience sans choix — observer sans le filtre du conditionnement antérieur. |
| Mukesh Gupta | Présence issue de la compassion – écouter avec une attention pure plutôt qu’à partir de la mémoire, des attentes ou de la peur. |
Le vocabulaire diffère. La base est la même. → Découvrez comment ces chemins se rejoignent
Je donne des cours tous les quinze jours le jeudi soir au Ban Sen Juku à Bruxelles (20h00) et une fois par mois le mardi soir au Suishin Dojo à Lembeke (20h30). Toute personne désireuse d'apprendre est la bienvenue.
La meilleure façon de déguster le saké est de le boire.